dimanche, août 13, 2006

À fleur de déjection

quelques rues, quelques haines, l’ombre
pour s’y blottir enfin
des regards méfiants, l’anxiété souterraine
une maison sans murs une chapelle sans foi
pour toute la lèpre de l’esprit
et que glapissent les envies

la nuit traversée de lumières comme zébrée de crimes
halos suspicieux qui hantent l’obscurité
c’est à leur lueur qu’on erre vers l’infamie
c’est à leur gloire qu’on s’engouffre dans l’oubli

lorsqu’en de pisseux couloirs, à fleur de déjection
la chair se lâche à en mourir, l’âme rendue
par la gorge par le sexe, en liquide biliaire
lorsqu’en des ruelles poisseuses affleure l’addiction
le dard se tend à en goutter, l’âme vendue
aux membres à la bouche, en liquide amer
lorsqu’en des nuits galeuses, avec force vexations
les besoins se tiennent et le marché se fait
c’est pour le fruit pourri que l’appétit s’excite, c’est
notre cœur pour nos démons qui a l’infini crépite

là où les désirs claquent, où les genoux se traînent

carrosses de misère bariolés dans les dépotoirs tagués
la petite folie ordinaire, les camelotes en tout genre
à contre-sens, vermine, les déviances en alerte
à la casse où les sexes se transmettent leur perte

révélés virus, les atomes d’amour
livrés à eux-mêmes

voici donc les rats, la honte en offrande
les nuits dans lesquelles j’habite, foutu
comme le reste, la gangrène faite viande
voici donc la gerbe de la nation, la puante
libation, ce que le christ ne touche
les sarclures d’espoir avinées
les lies parmi lesquelles je couche

dimanche, juillet 30, 2006

Suite

On se voit la semaine prochaine à Paris.
Tu as disrapu ?
C’est quoi le prénom de Lamarche-Vadel ?
Je ne sais pas de qui tu parles.
C’est d’un goût..Et guy, c’est un nom de folie.
Là bravo. Devos est mort, c’est le moment de le remplacer.
Lorsque tu regarderas ce message, tu viendras de te lever. Plein de belles choses pour aujourd’hui.
Je ne peux pas venir samedi.
C’est pas ce soir qu’on boira un coup. On en a au moins jusqu’à 22h. Bises.
Matisse, « Blue Nude », 1952.
OUF.
On dîne ensemble ?
Je pars de chez moi.
J. et moi on est à plat de sortie. T’as pas une idée ?
Bon tu dors ?
Confuse de ce long silence — période chargée, à flux tendu. Je n’irai pas à Arles cette année mais à Marseille. Prenons un verre quand tu veux à Paris. Je t’embrasse.
Bonjour. Je suis rentrée d’Odessa. Et toi ? Que fais-tu ?
?
Ça m’a fait plaisir de voir ta trogne vieille quenelle.
Y suis déjà avec ma grosse jambe-genou.
Je trouve que c’est encore un peu neutre.
Tu as parlé avec Lablanchy ?
Désolée, je me suis trompée de destination. Comment ça va ? Tu vas à Arles bientôt ?
J’en étais sûre ! Tu exposes ?
Oui mais par exemple, su l’autre blog, tu es plus badin.
Cher Amaury, ta belle copine m’avait proposé une place pour Pathy S. en fait, je ne serai pas en Arles, mais en tout cas, je voulais la remercier. Tu peux le faire à ma place Darling ? Merci d’avance. J’espère te croiser à Paris.
Bon match !
Ok. Ça vous dit un bar pour l’ambiance ?
Tu me manques cher gondac dans cette jungle.
Elle est bizarre notre relation.
Excuse-moi de te dire ça par texto, mais je me pose des questions.
On prend un verre en terrasse la semaine prochaine ? J’ai des supers lunettes de soleils.
Amaury, dis-moi pour ce soir pour que je m’organise.
Eh bien je viens de monter dans le train. A mon retour — oui. Je t’embrasse. Appelons-nous cette semaine.
Non tu te trompes. Un peu étouffée ou pincée d’accord. Elle voulait dire je pense à toi au moment où l’on se reverra — ou j’entendrai ta voix. Stop l’irone précieuse. Encore je t’embrasse.
Et tu réponds pas !
Ok pour 20h !
Grrr ! But this time is our time !
Ça m’a fait du bien de parler avec toi.
Pour l’honneur de la France et le nôtre, on se prend un verre en fin d’après-midi mercredi ?
Désolée, je viens de rentrer à Paris. J’espère que tout va bien.
Bonne nuit… Demain on se voit ?
Jeudi ok. Le monde c’est où ? A quelle heure ? On déjeune.
Un ciné te dit ?
Bien. On habite une super maison, les gens sont supers, mais je suis encore un peu stressée. Il faut faire maintenant. Je t’embrasse petit gondac que j’aime.
Un réveil de bon matin. Bonne journée l’ange.
Je t’envoie mon peu d’énergie.
Hihi !
Je devais te le donner mais je me le suis fait voler par une belle et perfide italienne…j’ai honte…
Ok ! J’y passe soon !
Bravi ! J’avais une toute petite photo dans le numéro 39. Bon bal du 14 juillet.
Merci de l’info. J’ai enfin fini ce film il y a deux jours. Ouf ! J’espère te croiser ces prochains jours.
Oui. Très bien. Appelons-nous samedi.
Je ne sais pas si je trouverai ça à Berlin, en tout cas, ça fait plaisir de voir comme tu avances.
Je rentre demain et je t’embrasse. Il fait bien trop froid ! Et c’est l’anniversaire de J. demain.On s’y verra peut-être.
Je t’appelle quand je rentre dans le 13ème.
Tu viens ce soir chez Quentin ? Dis-moi vite.
Ok. Amusez-vous bien. À demain.
Whaou ! Je suis fière de toi. Je t’embrasse fort de Finlande.
Tu m’as appelée de ta poche et j’ai tout entendu !
Dans le monde ?
Ok. Je vais jeter un œil. Bises.
J’étais dans la mer…
J’achèterai photos nouvelles, lundi… avant de m’envoler vers Montréal.
Sot ! Tu es ridicule. Rappelle s’il te plait. On ne règle pas ses affaires de cette manière.
Re Whaouuu ! Tu dois être fier ! Je t’embrasse sort petit gondac.
J’ai encore reçu du boulot today, passe un entretien demain matin ; serai heureuse de te voir enfin mercredi ou jeudi. Après je suis libre any way.
Salut Amaury, j’étais dans la douche, sorry.
Oui on se voit à ton retour. Bisous. Profite bien.
Ok : je serai très très gentille.
Une pensée du Maroc repos danse du ventre et soleil des bises.
Mais bon sang, que fais-tu en Espagne ? Bises très chères.
Hey gondac ! T’arrête de me négliger ? T’es toujours en Espagne ?
Mais t’as fini au Monde ?
Tu es avec une de tes amantes ?
Fin de semaine.
Oui c’est génial. Tu me manques quand même. Courage, mon petit. Demain tu retrouveras ton lit.
Ciao, j’espère que ton voyage s’est bien passé, si tu es disponible en fin de journée, fais-moi signe.
19h30 c’est mieux. On peut prendre l’apéro en terrasse.
?
Ami indigne.
Et moi c’est mon anniversaire ami égocentré.
C’est difficile comme message. Merci toi aussi.
C’était la grande scène hier. Gageons que partis pour rompre ils finirent sur l’oreiller !
Tu travailles toujours au monde ?
Sympas les textes et les images de Saccades dans photos nouvelles. A+.
Je reviens sur Paris en août. Je te recontacte bientôt.
Laisse-moi ton boulot. Bonne nuit.
Ça bouchonne. 15 mn. ?
Comment vas-tu ? Je pense à toi. Baisers. Au téléphone demain à midi ?
Et non, demain, je serai au Pérou avec F.
Ciao Amaury. Onestamente io tuo fratellino lo tratto come un re… Troppo bene… Stammi bene a presto e tanti baci !
Une autre fois je pense à toi.
Mon petit gondac, je pense bien à toi. Tu me manques quand-même.
En un sens, oui. J’y travaille. Je serai à Paris dès le 3 août. Ça me ferait plaisir de te voir.
Oui !
Quand tu veux avant jeudi. Bon weeek-end. Bise.
BIENTÔT ON EN FERA QUELQUE CHOSE

jeudi, juillet 06, 2006

poupée gonflable



Parmi les scènes de liesse auxquelles il me fut donné d'assister hier soir, mercredi 5 juillet, à l'issue de la rencontre sportive entre le Portugal et la France, dans le quartier de la Bastille, celle que je vis rue de Lappe ne fut pas la moins frappante.
De loin, on pouvait apercevoir un homme porter ce que j'interprétais comme la nouvelle mascotte de la coupe du monde 2006 suscitant l'hilarité générale. En m'approchant, je ne fus pas déçu du spectacle. Je vis d'abord deux petits chiens en peluche: l'un portant le maillot des bleus montant sur un autre affublé du maillot portuguais. Une façon bien virile de fêter l'évément. Passons.
Mais l'essentiel se jouait à un mètre de là. Un autre chien, vivant celui-là, un de ces sharpeys au visage si peu amène et impassible, semblait satisfaire ses instincts les plus primaires sur un autre chien, en peluche, portant les couleurs italiennes. Nos amis italiens apprécieront ce trait bien gaulois...

dimanche, juin 25, 2006

La vie n'est pas un roman (Phrases téléphonées)



Quand rentres-tu ?

Ta photo, accompagnée du message m’a touchée. Je t’embrasse
J’ai pas tout compris de ton message, mais aimer est peut-être un simple, non ? dit celle qui n’y croit pas. T’embrasse.
Oui, vers 17h ?
Il l’ont fait : école primaire Coluche à Val de Rueil (Eure)
Il fait beau ! La journée s’est bien passée ? Demain soir, s’y tu ne fais rien, on aurait pu dîner ensemble ?
Période de repli intensif. Ne te formalise pas, ami.
Un peu tard, midi c’est possible ?
Marchand de tapis ! ça marche, je suis dans ton quartier, je passerai te prendre.
Je sors d’un expo. Ça va toi ? Je t’embrasse fort.
Ce soir, pas de message ?
Alors, toujours à l’industrie ?
Mi amore, appelle-moi.
27 rue de la forge royale, 11ème, métro faidherbe chaligny, 18h.
Ma maman n’est toujours pas arrivée. Il sera sûrement trop tard pour qu’on se voie.
Je viens pour 12h30.
Tu veux quelque chose à boire ?
Suis à l’intérieur de la libraire dans l’entrée.
Désolé, mais ce n’est pas dans l’esprit de la maison de nous laisser un jour de cogé. A lundi donc.
Ça te dit pas un ciné ?
Amoureux ?
Penses-tu qu’on pourrait se voir la semaine prochaine ?
Finalement, tu as déjà prévu quelque chose ?
Je peux pas. Demain. T’embrasse.
Ah ouais, berk copain de M !
Oui, j’essaye de venir vers 20h, je dois voir des amis avant, il se peut que j’aie du retard.
N’oublie le costume et le sac. Merci et à demain.
Retard, je pars maintenant.
N’oublie pas le costume.
Pas sûre, je t’appellerai.
Adios et bon picard ! Ah ah ah !
Je suis traumatisée. Je déteste ce mou !
Coucou, je suis dans le bus 62 depuis presque une heure. Problèmes de circulation. Je hais ! Je pense bien à toi.
Pique nique party quai d’Orléans samedi huit heure soyez sémillants pour le coucher de soleil, robes, fleurs et bouteilles.
Ok pour cartons 40/50 cm. Découpes mardi. A demain.
J’ai mes partiels.
Mo je dis tu me plais. Voilà.
J’adore ton pantalon.
Mon pantalon est décousu, si ça continue, on verra le trou de mon…bises ! Moi.
Tu fais quoi ? Moi, je photographie des livres érotiques.
Je viens de lire ton texte. Très bon. 2-3 mini commentaires.
Viens-tu aux RIP cette année ? Quel est le titre de ton livre ? Et à bientôt.
Come stai ?
Je ne peux pas à midi, malheureusement.
A la boulangerie.
Je n’arrive pas à lire ce qu’il y a écrit, c’est trop petit sur mon portable.
Rien de prévu ce soir, on se voit si toi non plus.
Oui c’est sûr… Le matin aussi. À très bientôt j’espère.
Science pipeau.
Suis à la folie en tête !
Si tu le dis. C’est aussi une question de place. Tu n’as pas idée du chantier. Je t’embrasse à demain maybe.
Je vais visiter un appartement dans le nord à 13h30. Tu peux venir si ça t’amuse. Bonne nuit.
Certainement.
19h55 devant Ulm ? Bises.
Miaaaouuuu
Fêtes des pères dimanche. J’espère que tout va bien pour toi.
J’ai un doute, donne-moi le nom de la place.
Toujours ok pour lunch à 13h30 ? RSTP.
Projection du film réalisé par E.Green à partir de mes images à la Femis à 20h30 demain.
Je suis à Odessa et tu as oublié mon anniversaire. Salope.
J’y ai pensé, mais ça ne se peut pas. C’est pas imaginable. Tu es vrai et c’est précieux.
Oui.
Ok pour demain. T’embrasse.
Amoriiiiiiiiii, c’est la foliiiiiiiie ! C’est du déliiiiiiire, iciiiiiiiiiiiii !
Oui. Et ce soir, tu viens ?
Miaouuu.
Papa veut manger avec nous, ok ?
Tu l’aimes toujours mon livre ?
Mon briquet bic bleu saligot.
Avant que je parte, j’aurais aimé discuter avec toi.
Code ?
Dommage de ne pas te voir avant de partir…
Je sympathise avec ta douleur.
Je serai à Nation vers 14h45, tu pars à quelle heure ?
C’est vraiment lourd l’histoire J. !
Y a pas que les films qui sont tristes. Mais à bientôt.
J’ose à peine te proposer de dormir dans ma triste chambre.
Je t’embrasse aussi.
Mais non enfin, je t’appelle plus tard.

Le porrait de Dorian W.

Cher Dorian,

Il faut coûte que coûte réserver l'art de votre portrait au seul grand Oscar W. (il ne s'agit pas d'Oscar Wybot!), et surtout ne jamais abandonner votre imagination à se représenter le regard féminin vous peindre. Ce conseil, ce n'est nullement votre Paris-Terminus qui le formule, mais Jean-Jacques Rousseau. Déjà dans sa pièce de jeunesse, Narcisse ou l'amant de lui-même, où un adolescent, sur le point de se marier, se voyait le sujet ridicule de la farce suivante: sa soeur, pour s'assurer que notre héros ne passerait pas trop de temps à contempler, coquet, son image dans le miroir, et saurait devenir homme à l'approche de ses épousailles, pour lui signaler donc qu'à force de se regarder il devenait femme, décida de lui mettre devant les yeux le portrait de lui-même en femme. L'effet, on s'en doute, fut radical, et notre éphèbe de tomber derechef amoureux de cette femme qu'il ne reconnût pas un instant comme lui-même. Aveugle à la supercherie, il lance chacun à la recherche du précieux modéle du portrait de sa passion, et reporte ses noces. Je ne vous en dis guère plus ici.
Il va de soi que pour notre cher Rousseau, l'homme s'abandonnant à la contemplation de son image, est l'homme qui se châtre - avec cette nuance que pour lui, c'est certes d'un côté le regard féminin qui s'immisçant dans la vision que l'homme a de lui-même introduit une scission dans son être, mais de l'autre, il revient encore aux femmes de ruser pour guérir les hommes de la tentation qui les habiterait (vous me pardonnerez l'expression) de se défaire de ce qui différencie leur sexe. Notez qu'à cet égard, ce ne sont pas tant les femmes qui châtrent les hommes que les hommes qui se châtrent en se représentant eux-mêmes tels que les femmes les voient.
Je ne vous cache pas que ces réflexions, et cette interprétation de Rousseau, tendent à donner au Citoyen genevois une paternité certaine (que ses enfants, bien que certains d'entre eux aient pu se sentir quelque peu délaissés par le grand philosophe, ne contesteront sûrement pas sur le plan spirituel) à la littérature du salutaire Eric Zemmour, dont nous avons abondamment parlé déjà sur ce blog, ici et , entre autres.

Welcome To The Jungle

Spéciale dédicace à Clémentine. Axl s'y connaît pas mal aussi en charmantes attentions.

jeudi, juin 22, 2006

Petite piqûre de rappel

Bien des choses en même temps, et peu de temps pour écrire ces derniers jours. Tandis que les marteaux piqueurs en tout genre font virevolter la vaisselle encartonnée de mon domicile en chantier, je prends un instant pour rappeler à chacun que mon grand ami dustofmydust, à l'occasion du concert de Guns n' Roses de mardi, organise une soirée spéciale en l'honneur du groupe ce vendredi soir au Klub, 14 rue Saint-Denis, à Châtelet. Je ne saurais trop vous recommander de vous y rendre pour peu que vou aimiez un tant soit peu le rock sous tous ses visages, de Led Zeppelin à Nirvana, des Rolling Stones à Queens of the Stone Age, des Libertines à Metallica, de Motorhead aux Babyshambles, de Hole à Audioslave en passant par Nine Inch Nails!

Vous trouverez toutes les informations dans le flyer ci-dessous.

Je vous reviens bientôt, dès que je respirerai autre chose que de la poussière de plâtre.

dimanche, juin 18, 2006

Comment faut-il les crever ?

samedi, juin 03, 2006

Comment faut-il vivre?

marcheur

Romance

senlis

vendredi, juin 02, 2006

de l'autre coté

jb

Le point (faire le) pour soi & les autres

Je ne sais ce qui m'arrive : impossibilité d'écrire, le ramassis de messages postés sur ce blog est bien à l'image de mon problème : s'en remettre aux phrases des autres quand les siennes ne sortent plus de sa bouche. Pour la première fois, je n'ai pas peur d'être dans le désert — je photographie, je rattrappe le temps que j'ai passé enfermé dans l'écriture sans trouver quelque chose de juste & de bon ; la lecture récente d'éloge de l'amour de JLG, phrases sorties de son film m'a fait du bien : nonchalance, récit avorté dont il ne subsiste que des restes de voix, des pensées silencieuses qui s'accumulent sans "former un tout". La tentation du fragment reste encore pressante, mais quand je lis les livres de Perros, de Valéry et de tous les aventuriers de l'aphorisme, je me demande si c'est encore possible ; et dans ces moments de doute, je pense à nouveau à cette phrase de Barthes qui m'a toujours parue suspecte, qui m'énerve (peut-être dit-elle quelque chose de vrai que je ne veux pas entendre ?) : "être moderne, c'est savoir ce que l'on doit ne plus faire." Que faut-il faire ? La question reste ouverte, je publie prochainement un texte que j'ai écrit sur les images d'une photographe, le bouquin sort la semaine prochaine ; ma prose s'appelle "après l'image", titre qui est bien au cœur de mes difficultés. Après l'image, il y a le texte, ou sa promesse, ou le silence. L'écho retentissant des photographies dans des phrases écrites il y a quelques mois dans la fièvre, en découvrant, à mesure que je le rédigeais, de multiples obstacles : trouver un équilibre entre le récit, (même si la linéarité est une affaire qu'il faudrait peut-être remettre en question) et des échappées, des irrégularités qui viennent casser le propos. Le problème, c'est qu'il faut toujours finir, en beauté comme le disait Bernard Lamarche Vadel, ou terminer, comme Sollers, son carnet par cette phrase : " ce journal n'a pas de fin ça va de soi". Chuter, finir, c'est mourir, on le sait, c'est tragique, il faut réinventer la fin, mourir autrement, peut-être dès le commencement, et renaître à la fin. Un texte qui est le dévoilement d'un corps, et qui au bout de sa course, solidifie son objet en disant comme l'autre, "ça y est, j'ai fait l'image". Bonne journée
(J'ai écrit ce message en pensant à vous, à ceux qui lisent parfois ce que j'écris, je ne l'ai pas fait dans l'horizon d'un plaisir solitaire et il va de soi que les questions que je me pose, je le pose aussi à vous ; si cette entreprise n'engendre aucun écho, aucun commentaire, son paysage ressemble à une accumumation de petits tombeaux.

Venez sur ma tombe.

Bonus :

(Aujourd'hui, enfin du soleil, dès six heures du matin, dans la chambre où j'ai dormi où j'entendais les oiseaux, puis les voitures, puis la voix de la femme à mes côtés qui me demandait de n'être pas désagrable. J'avais apporté "la passion saint mathieu" de Jsb, je me suis mis à la fenêtre et j'ai béni tout le quartier de Ménilmontant.)

jeudi, juin 01, 2006

David Vincent sait que les Envahisseurs sont là!



L’été de mes six ans, rien ne m’effrayait autant avant le sommeil, que ces envahisseurs dont seul, à part moi, David Vincent connaissait l’existence et la menace. Rien ne m’effrayait tant que la crainte que ces êtres du secret ne profitent d’une perte de conscience pour investir ma chambre, m’éliminer et se substituer à moi, dans l’ignorance de chacun. Je savais devoir disparaître, et qu’une nuit imprévue, serait à mon âme éternelle, sans que le monde, même dans ce qui me liait le plus intimement à lui, dans l’affection de mes proches, pût jamais le soupçonner, en même temps que ma mort, première, ne devait pas annoncer autre chose que la disparition de tous ces liens – les envahisseurs, après m’avoir tué et avoir pris mon apparence, se devant de faire de même avec tous ceux qui méconnaissaient leur existence, leur menace, à commencer par ma famille, mes proches. Je partageais ma chambre avec mon frère, à qui je demandais de bien surveiller si je ne m’endormais pas, de rester lui, qui était plus grand, éveillé, et seule la présence gardienne de ce frère protecteur me faisait supporter la crainte de m’endormir, de m’exposer à l’oubli absolu. Je lui disais ma peur, le suppliais de rester éveillé pour moi, et lui, il acceptait d’être vigilant, d’être plus fort que moi, me promettait de veiller sur moi… attendais toujours que je m’endorme avant de finalement lui aussi s’endormir. Je me sens encore à ce jour une dette infinie à son égard pour sa compréhension. L’angoisse était là, mais avec son aide, nous pouvions peut-être résister aux envahisseurs, empêcher leur projet diabolique d’aboutir.
Sans sa confiance et son attention, je savais devoir disparaître, pour être remplacé par un double parfait, aux projets sournois, sans que mes proches le soupçonnassent, et sans qu’ils soupçonnassent que dans cette substitution invisible s’annonçât bientôt aussi leur propre disparition – cette dernière parfaisant la mienne, finissant d’effacer tout ce que j’aimais au monde, d’effacer tout ce qui pouvait encore affecter le monde de mon existence, tout ce qui de moi ne laissait pas le monde entièrement indifférent. C’est ce rapport affectif au monde que je pressentais soudain plus ambigu, plus trouble, que je me représentais tout à coup absolument neutralisé, sans qu’il puisse s’agir là pour le monde, pour l’existence soudain froide et silencieuse, bien que parfaitement inchangée, d’un quelconque événement.
Il fallait retarder le sommeil. Je le sentais : je n’étais déjà plus là, personne ne l’avait remarqué, et bientôt mes proches sans que la chose soit davantage pressentie, soit davantage perçue par les périphéries plus distantes de mon monde, disparaissait aussi. L’intoxication s’étendait autour de ce centre absent qu’était ma mort secrète, la disparition insensible de mon moi. L’angoisse m’étreignait, sans remède, devant comme la contagion d’un anesthésique à travers les différentes parties de mon corps. Moi seul, j’avais pressenti la menace de cette piqûre, la contamination insensible après celle-ci de chacune des parties de mon corps ; moi seul aussi, j’avais compris où résidait la ruse de l’anesthésiste ; il fallait qu’il me piquât à un moment où je ne m’en rendisse pas compte, dans un moment où précisément je me fusse montré déjà moins sensible, afin que moi, puis mes proches, tout ce monde apparemment uni comme une même chair, ne conservât pas même le souvenir de la première piqûre, en oubliât presque entièrement la sensation lointaine de la première douleur, le geste et la présence de l’anesthésiste, du meurtrier de l’ombre, celui qui me faucherait ma vie dans mon sommeil, dans l’ignorance et sans doute l’indifférence de tous. Le succès de son crime résidait dans son secret, dans le fait qu’en apparence rien ne distinguerait l’avant de l’après. On se substituerait à moi, et la duperie sur mon être, la mystification de ma disparition resterait pour l’éternité indévoilée, indifférente à ce monde dont pourtant, en ce qu’il avait de proche, de tendre et de rassurant, je chérissais encore l’existence. Je sentais tout à coup que ce monde pouvait glisser insensiblement du sens immédiat au non-sens – incertain de ce qui de ce sens ou ce non-sens m’illusionnait. Je sentais aussi combien la vie et l’amour pouvaient imperceptiblement se vider d’eux-mêmes, par le travail d’une habitude nous rendant aveugle à de bien fines différences où pourtant le sens entier de la vie parfois se joue.
Les choses n’allaient pas forcément si mal. Dans le sommeil il y a encore les rêves. Je me demande souvent si dans mes rêves ne se donne pas la réminiscence d’un temps reclus, sans anesthésie, mais ces moments sont bien épisodiques et bientôt le rêve et la veille me semblent, de manière indécidable, comme le délire de l’autre. Je crois bien me souvenir que c’est au même âge que j’ai appris le sens du mot « purgatoire ». Aujourd’hui, je parlerais des limbes.

mardi, mai 30, 2006

La vérité est au bout du couloir



Qui ne s'est jamais interrogé sur l’existence de « Sam » de « Y a que la vérité qui compte », le figurant passeur qui mène les invités à la vérité du plateau télé ?