« Où sont les hommes ? » (Patricia Juvet)
On ne peut rien y faire ; cela doit tenir au mouvement des astres : 2006 est l’année du machisme. Mesdames, profitez-en, de grands ouvrages paraissent qui nourrissent la nostalgie de l’époque où le beau sexe, cloisonné, laissait les hommes s’assumer comme hommes. Nos machos de 2006 ne sont plus ceux du XXème ! Il ne s’agit pas de remettre les femmes à leur place, mais de rendre aux hommes la leur ! Pourquoi ? Moins parce que les femmes piqueraient leur place aux hommes, ou perdraient leur identité de femmes, mais parce que les hommes désirent devenir des femmes. Ils se travestissent, deviennent narcissiques, et c’est l’ensemble de la société qui devient impuissante ! Finies alors la souveraineté et l’autorité du politique. La castration est collective, et la décadence inéluctable. C’est l’heure d’une greffe de burnes, et d’une injection de testostérone. Exagération ? À peine…
C’est le thème du livre d’E. Zemmour, Le premier sexe. L’auteur s’attache à décrire moins une victoire de la femme sur l’homme, qu’une incapacité de l’homme moderne à assumer son propre sexe. Les hommes dans nos sociétés seraient devenus des femmes, phénomène responsable de l’affaiblissement du pouvoir politique, de l’autorité de l’Etat, du Père, et allons-y pourquoi pas, de la souveraineté des nations européennes. Les femmes ont moins gagné le phallus, que les hommes n’en auraient perdu le sens et l’usage. Qu’il est loin le temps harmonieux où la virilité était incarnée par un Lino Ventura, maintenant il faut le pamphlet du rachot Zemmour pour tenter de secourir, par le bouche à oreille de la scène médiatique, le sexe qui s’est auto-châtré ! Aujourd’hui, les hommes s’épilent ! Le dur homo a disparu, place aux gays !
Ce diagnostic bien entendu ne prend sens que dès lors qu’on a bien fixé ces identités essentielles qui font l’homme et la femme, et surtout dès lors qu’on a quitté le point de vue qu’un individu peut adopter relativement à ces identités dans lesquelles nos sociétés ont tenté et tentent encore de le faire rentrer.
Pas besoin de se demander non plus si ces identités ne se sont pas construites sur fond de domination oppressive d’une partie de la société sur celles qui n’entraient pas dans cette norme, selon le modèle d’un contrat de dupes, où le droit auquel chacun est soumis est précisément contraire au principe de souveraineté[1], que prétend en même temps révérer Zemmour, et dont il a aujourd’hui la nostalgie.
Pas besoin d’insister sur le fait que notre société actuelle, quoique sur la bonne voie, n’est toujours pas sortie de cette duplicité (on peut prendre comme indice en autres les inégalités professionnelles entre les hommes et les femmes salariés).
Pas besoin non plus d’indiquer qu’E. Zemmour n’a manifestement pas compris l’importance du concept de gender, dans l’étude de la société…
[1] Voyez Rousseau Discours sur les origines et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, ou Du Contrat social, Livres I-II… et pour en même temps ne pas dissimuler la misogynie du philosophe genevois Emile, Livre V. Enfin, sur l’homme qui devient femme chez Rousseau, il ne faut pas passer à côté de sa pièce de jeunesse : Narcisse ou l’amant de lui-même…
C’est le thème du livre d’E. Zemmour, Le premier sexe. L’auteur s’attache à décrire moins une victoire de la femme sur l’homme, qu’une incapacité de l’homme moderne à assumer son propre sexe. Les hommes dans nos sociétés seraient devenus des femmes, phénomène responsable de l’affaiblissement du pouvoir politique, de l’autorité de l’Etat, du Père, et allons-y pourquoi pas, de la souveraineté des nations européennes. Les femmes ont moins gagné le phallus, que les hommes n’en auraient perdu le sens et l’usage. Qu’il est loin le temps harmonieux où la virilité était incarnée par un Lino Ventura, maintenant il faut le pamphlet du rachot Zemmour pour tenter de secourir, par le bouche à oreille de la scène médiatique, le sexe qui s’est auto-châtré ! Aujourd’hui, les hommes s’épilent ! Le dur homo a disparu, place aux gays !
Ce diagnostic bien entendu ne prend sens que dès lors qu’on a bien fixé ces identités essentielles qui font l’homme et la femme, et surtout dès lors qu’on a quitté le point de vue qu’un individu peut adopter relativement à ces identités dans lesquelles nos sociétés ont tenté et tentent encore de le faire rentrer.
Pas besoin de se demander non plus si ces identités ne se sont pas construites sur fond de domination oppressive d’une partie de la société sur celles qui n’entraient pas dans cette norme, selon le modèle d’un contrat de dupes, où le droit auquel chacun est soumis est précisément contraire au principe de souveraineté[1], que prétend en même temps révérer Zemmour, et dont il a aujourd’hui la nostalgie.
Pas besoin d’insister sur le fait que notre société actuelle, quoique sur la bonne voie, n’est toujours pas sortie de cette duplicité (on peut prendre comme indice en autres les inégalités professionnelles entre les hommes et les femmes salariés).
Pas besoin non plus d’indiquer qu’E. Zemmour n’a manifestement pas compris l’importance du concept de gender, dans l’étude de la société…
[1] Voyez Rousseau Discours sur les origines et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, ou Du Contrat social, Livres I-II… et pour en même temps ne pas dissimuler la misogynie du philosophe genevois Emile, Livre V. Enfin, sur l’homme qui devient femme chez Rousseau, il ne faut pas passer à côté de sa pièce de jeunesse : Narcisse ou l’amant de lui-même…

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