dimanche, juin 25, 2006

Le porrait de Dorian W.

Cher Dorian,

Il faut coûte que coûte réserver l'art de votre portrait au seul grand Oscar W. (il ne s'agit pas d'Oscar Wybot!), et surtout ne jamais abandonner votre imagination à se représenter le regard féminin vous peindre. Ce conseil, ce n'est nullement votre Paris-Terminus qui le formule, mais Jean-Jacques Rousseau. Déjà dans sa pièce de jeunesse, Narcisse ou l'amant de lui-même, où un adolescent, sur le point de se marier, se voyait le sujet ridicule de la farce suivante: sa soeur, pour s'assurer que notre héros ne passerait pas trop de temps à contempler, coquet, son image dans le miroir, et saurait devenir homme à l'approche de ses épousailles, pour lui signaler donc qu'à force de se regarder il devenait femme, décida de lui mettre devant les yeux le portrait de lui-même en femme. L'effet, on s'en doute, fut radical, et notre éphèbe de tomber derechef amoureux de cette femme qu'il ne reconnût pas un instant comme lui-même. Aveugle à la supercherie, il lance chacun à la recherche du précieux modéle du portrait de sa passion, et reporte ses noces. Je ne vous en dis guère plus ici.
Il va de soi que pour notre cher Rousseau, l'homme s'abandonnant à la contemplation de son image, est l'homme qui se châtre - avec cette nuance que pour lui, c'est certes d'un côté le regard féminin qui s'immisçant dans la vision que l'homme a de lui-même introduit une scission dans son être, mais de l'autre, il revient encore aux femmes de ruser pour guérir les hommes de la tentation qui les habiterait (vous me pardonnerez l'expression) de se défaire de ce qui différencie leur sexe. Notez qu'à cet égard, ce ne sont pas tant les femmes qui châtrent les hommes que les hommes qui se châtrent en se représentant eux-mêmes tels que les femmes les voient.
Je ne vous cache pas que ces réflexions, et cette interprétation de Rousseau, tendent à donner au Citoyen genevois une paternité certaine (que ses enfants, bien que certains d'entre eux aient pu se sentir quelque peu délaissés par le grand philosophe, ne contesteront sûrement pas sur le plan spirituel) à la littérature du salutaire Eric Zemmour, dont nous avons abondamment parlé déjà sur ce blog, ici et , entre autres.