nous (nous sommes) pressés
Ha si nous pouvions être entendus, puis aimés. Les problèmes seraient réglés. Pourrais-je avoir le temps de lister les problèmes ? On ne doit pas ennuyer, et si dès maintenant, le désir de continuer, s’effiloche, il faut arrêter. Pourquoi ce prologue ? Parce que je suis timide, et je crains les vrais commencements.
«Qui suis-je ?» Pitié, non, pas ça. C’était nuit. Pitié, pas ça non plus. Alors, il prit congé de nous, et ferma le petit carnet noir, sans aucun remords.
Une situation !
— Calmos
— Pourquoi ?
—On n’adore plus les tensions, le tragique, et j’en passe.
La situation se passe de commentaire. Et l’image ? J’en glisse une : bureau, fenêtre, temps couverts. On n’a dit une seule image ! Ces petites chiennes annulent la situation, on se rend aux quatre coins d’une histoire avortée.
Dans l’angle mort, de mon travail, j’avais aperçu, malgré mon obstination à démêler les souffrances, à m’utiliser comme seule matière, que subsistait un désir d’histoire et de dépaysement.
Vas y que je te pousse au cul, je t’enferme nuits et jours dans ce petit bureau, et tu nous prépares quelque chose.
C’est l’histoire d’une phrase qui se rétrécit et qui devient une ligne noire. Au-dessus de la ligne noire, gigotent quelques nuages, et sous cette ligne (tranchante, ça va de soi) un enfer, rouge, et des images prisonnières dans l’obscurité brûlante.
On débute ainsi, on décrit comme ça, on se laisse aller aux visions immédiates. Il faut se forcer, se presser comme une vieille orange froide.
Laisser du blanc entre les lignes, écrire, c’est descendre toujours plus bas, sur la page. Maintenant que j’ai trouvé l’énergie, je ne sais pas quoi en faire. Rendre compte de cette situation ne passerait-elle pas mieux dans un dessin ? Vous vouliez une image ? Voilà l’image que j’invente.
Un dessin d’enfant, un soleil en haut à droite, une écriture qui tremble, une maison au milieu d’un champ. Voudriez-vous s’il vous plait approfondir ? Non, le dessin est déjà fini, j’oublie de préciser qu’il est fait à la mine de plomb. On peut le déchirer, bien sûr ; mais on peut l’encadrer aussi, ça va de soi.
Parler de moi ne va pas de soi.
Après le dessin, je me souviens, on nous a appris à parler, à écrire notre nom ; les enfants savaient le faire, moi pas. Je demandais à aller au toilette pour pleurer.
Situation ; un enfant, un dessin, des peurs. Attendez ! Ce n’est pas l’image juste, puis-je la remplacer par autre chose ? On peut mettre un disque, ça calmerait tout le monde.
C’est l’histoire d’une voix et d’une main à la recherche d’une image. Écrire pour mettre à la poubelle ses babilles d’enfant, et se lever, mettre des points sur de I, parader.
On continue ; branché sur la fréquence de l’amour fou, écrivant, je me mélange aux autres voix, aux autres corps, c’est une véritable orgie textuelle. Beaucoup d’histoires se sont infusées à la mienne, et souvent, elles me semblent plus réelles que la mienne.
Et tu écris pour retrouver ton histoire, écrire pour être propriétaire de soi ; horreur, immondices à laisser en chambres ; ne surtout pas montrer aux autres.
Alors tu écris, à peine, comme on caresse un lion qui roupille. Attention au réveil, aux sursauts de lucidité, aux jugements serrés, aux tentations de la déchirure, de la poubelle.
Easy-writing : écriture qui repose sur l’exposition instantanée de la phrase ; action-writing.
Mais le temps presse, et on tiendra jamais un bouquin entier sur ce mode. Terminer n’est pas juste, car le projet est par nature interminable.







