samedi, juin 03, 2006

Comment faut-il vivre?

marcheur

Romance

senlis

vendredi, juin 02, 2006

de l'autre coté

jb

Le point (faire le) pour soi & les autres

Je ne sais ce qui m'arrive : impossibilité d'écrire, le ramassis de messages postés sur ce blog est bien à l'image de mon problème : s'en remettre aux phrases des autres quand les siennes ne sortent plus de sa bouche. Pour la première fois, je n'ai pas peur d'être dans le désert — je photographie, je rattrappe le temps que j'ai passé enfermé dans l'écriture sans trouver quelque chose de juste & de bon ; la lecture récente d'éloge de l'amour de JLG, phrases sorties de son film m'a fait du bien : nonchalance, récit avorté dont il ne subsiste que des restes de voix, des pensées silencieuses qui s'accumulent sans "former un tout". La tentation du fragment reste encore pressante, mais quand je lis les livres de Perros, de Valéry et de tous les aventuriers de l'aphorisme, je me demande si c'est encore possible ; et dans ces moments de doute, je pense à nouveau à cette phrase de Barthes qui m'a toujours parue suspecte, qui m'énerve (peut-être dit-elle quelque chose de vrai que je ne veux pas entendre ?) : "être moderne, c'est savoir ce que l'on doit ne plus faire." Que faut-il faire ? La question reste ouverte, je publie prochainement un texte que j'ai écrit sur les images d'une photographe, le bouquin sort la semaine prochaine ; ma prose s'appelle "après l'image", titre qui est bien au cœur de mes difficultés. Après l'image, il y a le texte, ou sa promesse, ou le silence. L'écho retentissant des photographies dans des phrases écrites il y a quelques mois dans la fièvre, en découvrant, à mesure que je le rédigeais, de multiples obstacles : trouver un équilibre entre le récit, (même si la linéarité est une affaire qu'il faudrait peut-être remettre en question) et des échappées, des irrégularités qui viennent casser le propos. Le problème, c'est qu'il faut toujours finir, en beauté comme le disait Bernard Lamarche Vadel, ou terminer, comme Sollers, son carnet par cette phrase : " ce journal n'a pas de fin ça va de soi". Chuter, finir, c'est mourir, on le sait, c'est tragique, il faut réinventer la fin, mourir autrement, peut-être dès le commencement, et renaître à la fin. Un texte qui est le dévoilement d'un corps, et qui au bout de sa course, solidifie son objet en disant comme l'autre, "ça y est, j'ai fait l'image". Bonne journée
(J'ai écrit ce message en pensant à vous, à ceux qui lisent parfois ce que j'écris, je ne l'ai pas fait dans l'horizon d'un plaisir solitaire et il va de soi que les questions que je me pose, je le pose aussi à vous ; si cette entreprise n'engendre aucun écho, aucun commentaire, son paysage ressemble à une accumumation de petits tombeaux.

Venez sur ma tombe.

Bonus :

(Aujourd'hui, enfin du soleil, dès six heures du matin, dans la chambre où j'ai dormi où j'entendais les oiseaux, puis les voitures, puis la voix de la femme à mes côtés qui me demandait de n'être pas désagrable. J'avais apporté "la passion saint mathieu" de Jsb, je me suis mis à la fenêtre et j'ai béni tout le quartier de Ménilmontant.)

jeudi, juin 01, 2006

David Vincent sait que les Envahisseurs sont là!



L’été de mes six ans, rien ne m’effrayait autant avant le sommeil, que ces envahisseurs dont seul, à part moi, David Vincent connaissait l’existence et la menace. Rien ne m’effrayait tant que la crainte que ces êtres du secret ne profitent d’une perte de conscience pour investir ma chambre, m’éliminer et se substituer à moi, dans l’ignorance de chacun. Je savais devoir disparaître, et qu’une nuit imprévue, serait à mon âme éternelle, sans que le monde, même dans ce qui me liait le plus intimement à lui, dans l’affection de mes proches, pût jamais le soupçonner, en même temps que ma mort, première, ne devait pas annoncer autre chose que la disparition de tous ces liens – les envahisseurs, après m’avoir tué et avoir pris mon apparence, se devant de faire de même avec tous ceux qui méconnaissaient leur existence, leur menace, à commencer par ma famille, mes proches. Je partageais ma chambre avec mon frère, à qui je demandais de bien surveiller si je ne m’endormais pas, de rester lui, qui était plus grand, éveillé, et seule la présence gardienne de ce frère protecteur me faisait supporter la crainte de m’endormir, de m’exposer à l’oubli absolu. Je lui disais ma peur, le suppliais de rester éveillé pour moi, et lui, il acceptait d’être vigilant, d’être plus fort que moi, me promettait de veiller sur moi… attendais toujours que je m’endorme avant de finalement lui aussi s’endormir. Je me sens encore à ce jour une dette infinie à son égard pour sa compréhension. L’angoisse était là, mais avec son aide, nous pouvions peut-être résister aux envahisseurs, empêcher leur projet diabolique d’aboutir.
Sans sa confiance et son attention, je savais devoir disparaître, pour être remplacé par un double parfait, aux projets sournois, sans que mes proches le soupçonnassent, et sans qu’ils soupçonnassent que dans cette substitution invisible s’annonçât bientôt aussi leur propre disparition – cette dernière parfaisant la mienne, finissant d’effacer tout ce que j’aimais au monde, d’effacer tout ce qui pouvait encore affecter le monde de mon existence, tout ce qui de moi ne laissait pas le monde entièrement indifférent. C’est ce rapport affectif au monde que je pressentais soudain plus ambigu, plus trouble, que je me représentais tout à coup absolument neutralisé, sans qu’il puisse s’agir là pour le monde, pour l’existence soudain froide et silencieuse, bien que parfaitement inchangée, d’un quelconque événement.
Il fallait retarder le sommeil. Je le sentais : je n’étais déjà plus là, personne ne l’avait remarqué, et bientôt mes proches sans que la chose soit davantage pressentie, soit davantage perçue par les périphéries plus distantes de mon monde, disparaissait aussi. L’intoxication s’étendait autour de ce centre absent qu’était ma mort secrète, la disparition insensible de mon moi. L’angoisse m’étreignait, sans remède, devant comme la contagion d’un anesthésique à travers les différentes parties de mon corps. Moi seul, j’avais pressenti la menace de cette piqûre, la contamination insensible après celle-ci de chacune des parties de mon corps ; moi seul aussi, j’avais compris où résidait la ruse de l’anesthésiste ; il fallait qu’il me piquât à un moment où je ne m’en rendisse pas compte, dans un moment où précisément je me fusse montré déjà moins sensible, afin que moi, puis mes proches, tout ce monde apparemment uni comme une même chair, ne conservât pas même le souvenir de la première piqûre, en oubliât presque entièrement la sensation lointaine de la première douleur, le geste et la présence de l’anesthésiste, du meurtrier de l’ombre, celui qui me faucherait ma vie dans mon sommeil, dans l’ignorance et sans doute l’indifférence de tous. Le succès de son crime résidait dans son secret, dans le fait qu’en apparence rien ne distinguerait l’avant de l’après. On se substituerait à moi, et la duperie sur mon être, la mystification de ma disparition resterait pour l’éternité indévoilée, indifférente à ce monde dont pourtant, en ce qu’il avait de proche, de tendre et de rassurant, je chérissais encore l’existence. Je sentais tout à coup que ce monde pouvait glisser insensiblement du sens immédiat au non-sens – incertain de ce qui de ce sens ou ce non-sens m’illusionnait. Je sentais aussi combien la vie et l’amour pouvaient imperceptiblement se vider d’eux-mêmes, par le travail d’une habitude nous rendant aveugle à de bien fines différences où pourtant le sens entier de la vie parfois se joue.
Les choses n’allaient pas forcément si mal. Dans le sommeil il y a encore les rêves. Je me demande souvent si dans mes rêves ne se donne pas la réminiscence d’un temps reclus, sans anesthésie, mais ces moments sont bien épisodiques et bientôt le rêve et la veille me semblent, de manière indécidable, comme le délire de l’autre. Je crois bien me souvenir que c’est au même âge que j’ai appris le sens du mot « purgatoire ». Aujourd’hui, je parlerais des limbes.

mardi, mai 30, 2006

La vérité est au bout du couloir



Qui ne s'est jamais interrogé sur l’existence de « Sam » de « Y a que la vérité qui compte », le figurant passeur qui mène les invités à la vérité du plateau télé ?

lundi, mai 29, 2006

Les Annales

Je vous livre ici les denières réflexions de M. Zizek, reproduites dans Libération du samedi 27 mai 2006:


"Réflexions depuis les cuvettes

J'ai passé la journée qui a suivi ma nuit de vol vers l'Europe avec un ami à Francfort. Obligé d'utiliser les toilettes traditionnelles allemandes, j'ai une fois de plus été frappé par leur forme. Le trou, où la merde disparaît après qu'on a tiré la chasse, se trouve bien à l'avant, de telle sorte que la merde est bien visible pour qu'on puisse sentir et inspecter toute trace de maladie. Il n'est pas étonnant qu'Erica Jong, dans son Complexe d'Icare, affirme que «les toilettes allemandes sont la véritable clé des horreurs du IIIe Reich. Des gens capables de construire des toilettes comme ça sont capables de tout !» Les toilettes allemandes sont l'un des trois types de toilettes du monde occidental qui constituent une sorte de contrepoint «excrémental» au triangle lévi-straussien de la cuisine : dans les toilettes françaises typiques, le trou est bien à l'arrière, pour que la merde disparaisse le plus vite possible ; enfin le modèle américain présente une sorte de synthèse, une médiation entre ces deux pôles opposés. La cuvette est pleine d'eau, de sorte que la merde flotte, bien visible, mais pas pour y être examinée. Aucune de ces versions ne peut se targuer d'être purement utilitaire : on discerne clairement pour chaque modèle une certaine perception idéologique du rapport que le sujet devrait avoir avec cet excrément déplaisant qui sort de notre corps ­ lequel ? Hegel a été parmi les premiers à interpréter la triade géographique Allemagne-France-Angleterre comme expression de trois attitudes existentielles différentes. La minutie réfléchie allemande, la hâte révolutionnaire française, le pragmatisme utilitariste et modéré anglais. En termes de modèle politique, cette triade peut s'analyser comme le conservatisme allemand, le radicalisme révolutionnaire français et le libéralisme modéré anglais. En termes de prédominance de l'une des sphères de la vie sociale, on retrouve la poésie et la métaphysique allemande, la sphère politique française, et la sphère de l'économie anglaise. Cette référence aux toilettes nous permet de discerner la même triade dans le domaine le plus intime de l'accomplissement de la fonction «excrémentale» : fascination ambiguë et contemplative, tentative de se débarrasser de l'excrément déplaisant le plus vite possible, approche pragmatique pour traiter la merde comme un objet ordinaire dont il faut disposer de la manière la plus appropriée. Il est aisé, pour un universitaire, de clamer lors d'une table ronde que nous vivons dans un univers postidéologique. Mais au moment même où il met le pied dans les toilettes, après une discussion animée, il est dans l'idéologie jusqu'au cou."


C'est très drôle.

Mais je trouve que la réflexion de M. Zizek manque quelque peu d'élévation, et reste trop au niveau du plancher, sinon des bouses. Il se heurte en effet à au moins deux objections majeures.

Le paradis des chiottes existe, je l'ai trouvé, et il se trouve au Japon. L'entrée des toilettes y est magnifique , soignée. Il y en a partout. Elles sont toujours gratuites et propres. Un jet, qu'il faut bien prendre soin de ne pas se prendre dans la figure, vous nettoie tout cela. Certaines jeunes filles prennent même des pilules spéciales pour éviter que leurs déjections ne produisent quelque odeur. Or, ce peuple, capable de tout ce raffinement, s'est malheureusement rendu aussi coupable d'exactions, dont certaines, dans quelques recoins birmans ou coréens de la sphère de coprospérité, n'ont guère à envier à celles mentionnées plus haut. On peut perdre le sens de l'humanité en refermant la porte des toilettes. Comme en l'ouvrant d'ailleurs.

Et que dire des chiottes à la turque! Va-t-on y trouver un énième argument contre son intégration, sous prétexte que ces gens, manifestement pressés, ne prennent pas le temps de s'asseoir?